Vous êtes fous d’avaler ça !!!

Vous êtes fous d’avaler ça !!!

Bonjour à toutes et tous,

Aujourd’hui, je voudrais vous faire partager ma dernière lecture : Vous êtes fous d’avaler ça de Christophe BUSSET, ancien trader de l’agroalimentaire….Edifiant.

Je savais pertinamment qu’on nous faisait avaler n’importe quoi mais là je dois dire que j’en fus comment dire ??? Offusquée ? Horrifiée ? A vous de juger, voici quelques extraits choisis….

Présentation de l’éditeur :
Matières premières avariées, marchandises trafiquées, contrôles d’hygiène contournés, Christophe Brusset dénonce les multiples dérives dont il est, depuis vingt ans, le complice ou le témoin dans les coulisses de l’industrie agroalimentaire.
Ingénieur de haut niveau devenu dirigeant au sein de groupes internationaux, à 44 ans, il a décidé de « faire aujourd’hui son devoir » et de briser la loi du silence.
Piment indien rempli de crottes de souris, thé vert de Chine bourré de pesticides, faux safran marocain, viande de cheval transformée en bœuf, confiture de fraises sans fraises, origan coupé aux feuilles d’olivier, etc. Les arnaques qu’il révèle sont nombreuses mais ses conseils rassemblés dans son « guide de survie en magasin » devraient vous permettre d’en déjouer la plupart.
Christophe Brusset raconte la course de vitesse planétaire entre fraudeurs pour fournir aux industriels des matières premières toujours moins chères. Son récit effarant est une plongée saisissante et pleine d’humour dans un monde souvent sans foi ni loi.
« Soyons directs, ce qui intéresse les industriels, c’est votre argent. Pas votre bonheur ni votre santé ! »

 

Pour commencer même si nous nous en doutions : (extrait tiré directement du livre)

Vous aimez les escargots de Bourgogne ? Et les cèpes de Bordeaux ? Et la moutarde de Dijon ? Et les herbes de Provence ?

Tous ces produits, je les ai achetés et vendus des années durant, je les connais très bien. Ce que le client ne sait probablement pas, c’est que tous ces bons produits, que l’industrie agroalimentaire vend avec la complicité des supermarchés où vous faites vos courses le week-end, ne viennent pas de Bourgogne, de Gironde, ou de Provence, ils ne sont même pas français pour la plupart. Le jeu consiste à le faire croire pour inspirer confiance, et vendre plus cher un produit d’importation ainsi « naturalisé ».

J’ai acheté des bateaux complets de graines de moutarde d’Inde, du Canada ou d’Australie pour fabriquer des milliers de tonnes de « moutarde de Dijon » en Allemagne ou en Hollande, bien loin de la capitale des ducs de Bourgogne.

Et les « herbes de Provence » pour vos grillades ? De Provence ? Mais pas du tout ! Pourquoi voudriez-vous ? Thym du Maroc ou d’Albanie, basilic et marjolaine d’Égypte, et romarin de Tunisie, tout cela étant bien sûr beaucoup moins cher que les produits hexagonaux équivalents.

Les escargots de Bourgogne ? Non, de Russie, Lituanie, Pologne, ou d’un autre pays de l’Est, vous savez, Tchernobyl et ses environs. D’autres espèces comestibles viennent de Turquie, et certaines même, pour les plus insipides et indigestes (achatines), qui n’ont même pas droit à l’appellation « escargot », arrivent en blocs congelés d’Indonésie ou d’ailleurs en Asie du Sud-Est.

Bien entendu, la bestiole est travaillée dans le pays d’origine selon les méthodes locales avant d’arriver dans vos assiettes ou le restaurant d’à côté. Subtilité ultime, il est tout à fait légal d’étiqueter « Escargots de Bourgogne travaillés en France » sur l’emballage, si la toute dernière étape, qui consiste à mettre un peu de beurre persillé dans la coquille, est faite en France.

J’ai senti l’usine bien avant de la voir. Dans une vaste cour bétonnée, des dizaines de tas de coquilles d’escargots vides de plus de trois mètres de hauteur s’alignaient comme d’immenses termitières. Des myriades d’insectes volants, satellisés en orbite des monticules, s’activaient dans un vrombissement continu. À la base des tas, un épais jus noir couvert de mouches se répandait en flaques aux bords séchés, craquelés, sur le sol de béton brûlant. Je respirais par la bouche pour que l’air chargé d’odeurs putrides ne passe pas par mes narines. D’un peu plus près, je remarquai que certaines coquilles contenaient encore des morceaux d’intestin d’escargots avec des asticots tout mignons, d’un joli blanc, qui se tortillaient.

Les coquilles étaient ainsi naturellement nettoyées par le soleil et les insectes. Lorsqu’il n’y avait plus de déchets solides, on passait le tout dans un bain de soude caustique, un rinçage, et direction l’usine pour le garnissage. Bon appétit !

Autre extrait sur les « astuces » pour gagner encore plus d’argent :

La réalité étant ce qu’elle est, un producteur, aujourd’hui, ne peut pas augmenter ses prix. La seule solution qu’il lui reste pour survivre est donc de produire encore moins cher. Pour ce faire, dégrader la qualité était une possibilité largement pratiquée ces dernières années, mais qui a ses limites. Heureusement (pour lui), l’industriel malin a aussi la possibilité de jouer sur le poids net de ses produits et de vendre moins dans le même emballage pour le même prix, ce qui est en réalité une forme sournoise de hausse.

Avez-vous remarqué ces dernières années que les biscuits Prince ont perdu 10 % de leur poids ? Du jour au lendemain, le poids du paquet de 15 biscuits est passé de 330 à 300 grammes, alors que le prix du paquet, lui, n’a pas baissé. Pourtant les publicités n’en parlent pas, étrange, non ?

Ce régime draconien a impitoyablement été appliqué aux pots de crème dessert Danette en lots de 16 (mais pas en lots de 4, allez savoir pourquoi ?) qui ne pèsent plus que 115 grammes au lieu de 125, au pot de fromage frais Jockey qui est passé de 1 kilo à 850 grammes, à la vinaigrette à l’ancienne Amora qui ne fait plus que 450 millilitres au lieu de 500, aux boîtes de 20 sachets de thé au lieu de 25, à la poche en plastique de sucre en poudre qui contient 750 grammes au lieu du kilo des anciens sachets en papier, aux tablettes de chocolat de 150 grammes au lieu de 200, aux barres chocolatées plus courtes, aux tranches de jambon de plus en plus fines, aux paquets de riz riquiqui, etc., etc. et tout cela sans que ne change le prix de vente à l’unité, voire en l’augmentant quelquefois. L’alimentaire n’est pas le seul domaine concerné, vous vous en doutez. Cet étrange phénomène d’amaigrissement a frappé également les lessives, les produits cosmétiques, et bien d’autres catégories de marchandises.

Et notre cher fromage, fleuron de la gastronomie française !!!

Sachez qu’on n’utilise plus de vrai fromage dans nos préparations, même si c’est marqué sur les boîtes, c’est bien trop cher.

Alors, on fait comment ?

Simplissime ! Il suffit de fabriquer un « fromage » reconstitué contenant un peu – le moins possible – de fromage à appellation. Le but c’est de garder le nom valorisant du fromage tout en le remplaçant au maximum par des ingrédients moins chers. Le meilleur de ce point de vue étant… suspense… l’eau. Eh oui, on n’a pas encore trouvé moins cher que la bonne vieille eau du robinet.

Par exemple, et là encore c’est du vécu, pour une sauce au bleu d’Auvergne vous prenez un peu, le moins possible, de bleu d’Auvergne que vous mélangez avec de l’eau, du fromage industriel en bloc bas de gamme, du beurre, protéines laitières, crème, lait en poudre, polyphosphate et orthophosphate de sodium, citrate de sodium et acide citrique. Vous faites fondre l’ensemble, vous touillez bien, et vous obtenez un magnifique « fromage fondu » contenant du bleu d’Auvergne qui figurera en bonne place dans la liste des ingrédients. En plus, vous aurez droit à une magnifique photo d’une généreuse tranche de bleu d’Auvergne sur l’emballage.

Et nos champignons, on continu le carnage :

Il n’est pas rare, avec les produits alimentaires fragiles, que certaines caractéristiques mineures, comme l’aspect, le goût ou l’odeur, soient altérées. Ça arrive même tout le temps. C’est malheureux, généralement involontaire, mais le produit se retrouve être moins attirant, un peu comme une Miss Monde qui serait affublée de quelques poils disgracieux dépassant du décolleté et qui viendrait juste de grignoter une tartine de Boursin à l’ail. On ne peut pas dire que ces défauts soient gravissimes, mais l’image idéale qu’on se faisait de la dame s’en trouverait fortement dégradée. Dans un cas comme celui-là, de simples artifices tels un pull à col roulé et un spray à la menthe redonnent à la beauté tout son lustre. Les défauts ne sont pas éliminés, ils sont justes cachés, habilement maquillés.

Pour les aliments, c’est simple, il suffit de faire la même chose. On ne s’en prive pas.

On nous proposait d’acheter des champignons de Paris surgelés. Circuit court, simple : cultivés et surgelés en Chine, importés par une société hollandaise, et actuellement stockés à Rotterdam. Cinq containers en tout, soit 80 tonnes conditionnées en cartons de 10 kilos. Les documents étaient parfaits ; facture, certificat d’origine, analyses, tout était en ordre. La marchandise était dédouanée CEE et pouvait donc être transportée et vendue n’importe où en Europe sans autres formalités.

Un courriel précisait que le vendeur était prêt à nous accorder une ristourne de… 80 % ! Soit les cinq containers pour le prix d’un seul !

Problème : Les photos montraient des cartons ouverts et les champignons qu’ils contenaient. Bleus, ils étaient bleus !

Certains n’avaient que des taches, comme s’ils avaient été éclaboussés par de l’encre diluée, d’autres avaient des auréoles irrégulières autour du chapeau, d’autres encore étaient presque entièrement bleus, un bleu assez beau d’ailleurs, tirant sur le turquoise. Il était évident que personne ne voudrait acheter, et encore moins consommer, des champignons de Paris avec une couleur aussi singulière.

 En vous épargnant les menus détails, voici LA solution ; problème résolu !!!

— Sans les dégeler, on les enrobe par aspersion à froid d’une sauce épaisse, d’une pâte, ou d’une panure. Le tout sera congelé à la fin, comme un beignet.

— Comme ça, on ne verra plus du tout la couleur et on garde toute l’eau à l’intérieur, commenta mon boss avec un léger rictus trahissant une profonde joie intérieure, un peu comme un croyant face à l’apparition de la Vierge.

Et le piment aussi :

On a 100 tonnes de piment flakes (comprendre piment séché en brisures) qui ont été mal stockées à l’origine (comprendre chez le fournisseur indien). Les rats et les souris s’en sont donnés à cœur joie. En plus de quelques cadavres de rongeurs desséchés, on a retrouvé des poils et des crottes un peu partout, une véritable catastrophe.

— Tu veux dire que les rats ont souillé les sacs ? demandai-je en lui rendant ses précieuses crottes.

— Non, c’est la marchandise qui est dans les sacs qui est pleine de crottes de rat.

— Mais comment c’est possible ?

— C’est cet enfoiré d’Indien, il nous a vendu un lot pourri qu’il a acheté au rabais. On n’a pas été assez prudent, J’AI pas été assez prudent. Après quelques affaires qui se sont bien passées, on a fait confiance, on a payé trop rapidement, et maintenant on a 100 tonnes de cette merde sur les bras.

Bon, là je vous épargne le chapitre complet on passe à la solution finale :

Si on broyait l’ensemble pour en faire du piment en poudre ? proposa-t-il.

— En théorie, c’est tout à fait possible. Mais il faudrait d’abord procéder à un traitement thermique pour bien sécher le tout et surtout décontaminer. Je sais pas ce que les crottes de rats indiens contiennent, mais faudrait pas qu’on retrouve des bactéries pathogènes comme des salmonelles ou des coliformes dans notre piment.

Et voilà notre piment crotter en poudre, waouhh, c’est du lourd !!!

Une histoire de tomates :

Lors de la récolte de tomates en Chine, de fin juillet à fin septembre, des norias de vieux camions font d’incessants trajets.

Le concentré arrive plus brun que rouge, avec un goût surprenant, entre la tomate moisie et le ketchup brûlé. Au microscope, c’est plein de traces de levures et de moisissures avec des points noirs dont l’origine n’est pas clairement identifiée. Il est clair que c’est un concentré qui a été fait avec des tomates moisies et chauffé au maximum pour éliminer le plus possible de traces. Malheureusement, la couleur et le goût s’en prennent un coup dans les dents. De plus, certains fûts gonflent à cause d’une fermentation interne du concentré, et finissent par exploser en projetant dans l’entrepôt des jets sanguinolents des plus artistiques. Si bien que les manutentionnaires refusent de manipuler ces fûts de crainte qu’ils ne leur explosent à la figure ou de se faire décapiter par l’expulsion d’un couvercle de métal.

Description de l’usine chinoise : L’odeur de fruits aigres est très forte et je vois des filets jaune clair de jus de tomates dégouliner par les interstices des bennes de métal et se répandre en larges flaques sur le sol poussiéreux. Au bout de quelques minutes, on reprend la route et il m’explique :

— Cette usine a beaucoup de problèmes, il y a tout le temps des pannes. Les chauffeurs doivent attendre des heures avant de décharger. En plein soleil, dans des bennes métalliques chargées à 20 tonnes, les tomates fermentent.

 Je sais maintenant d’où il vient mon concentré marron de tomates pourries.

Et un peu de cosmétique pour finir ????

Le cas de l’eau de fleur d’oranger est lui aussi emblématique.

Nous vendions tranquillement des dizaines de milliers de bouteilles par an de vraie eau de fleur d’oranger, produit naturel obtenu par distillation des fleurs. La qualité était parfaite, le goût subtil, complexe, puissant, mais… Vous devinez ?… Trop cher pour nos clients de la grande distribution et leurs marques de distributeurs.

Pour répondre à leur attente, baisser les prix, nous avons développé, avec un aromaticien de la région de Grasse un arôme très concentré de « fleur d’oranger » obtenu à partir de copeaux de bois. Un litre d’arôme dilué dans mille litres d’eau permettait d’obtenir un produit fini artificiel qui ne coûtait presque rien. De plus, cet arôme n’était pas sensible à la lumière et n’imposait pas, comme la vraie eau de fleur, d’utiliser une bouteille teintée, généralement bleue.

Dans un premier temps, nous avons mélangé vraie eau de fleur et arôme. Bien entendu, notre client n’a rien changé à l’étiquette, pas informé les consommateurs, et encore moins baissé le prix de vente.

Finalement, l’eau de fleur d’oranger, trop chère, a été remplacée en totalité par de l’arôme, toujours sans rien déclarer. Jusqu’au jour, longtemps après, où la DGCCRF nous a rappelés à l’ordre et imposé que soit clairement indiqué sur l’emballage qu’il s’agissait d’un arôme et pas d’une vraie « eau de fleur ».

C’est pourquoi, aujourd’hui, vous ne trouvez plus en supermarché de véritables eaux de fleur d’oranger, de rose… mais de vulgaires arômes plus ou moins chimiques, fabriqués on ne sait comment avec on ne sait quoi.

Bon, je vous épargne le miel (qui n’est plus du miel), le thé-pesticide, le calculs des marges spectaculaires, les fausses promotions, les épices (à lire absolument aussi) etc….

Un article ne suffirait pas, je vous laisse donc libre de lire cet édifiant ouvrage où l’on va de surprises en surprises et où l’on fini en ne mangeant plus rien de transformé….

Bonne lecture à tous et bon appétit…

Sujet: papotages